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Saint-Valentin premier cru

Saint-Valentin premier cru

Charlie Bregman

« Vraiment jubilatoire ! »

« Une suite de dialogues façon “Diner de cons” ou “La drague” de Bedos… Quelle rigolade ! »

Cette St-Valentin, il la prépare depuis des mois.

De tous les guides pratiques qu’il a étudiés, et des multiples séminaires de confiance en soi auxquels il a participé, il a accumulé des centaines de pages de notes, consciencieusement répertoriées dans ses petits calepins dont il ne peut plus se séparer.

Mais le problème, ce soir, c’est qu’il n’a plus le temps de se replonger dans ses cours.

Il va devoir improviser.

D’une minute à l’autre, elle va arriver.

Saura-t-il passer de la théorie à la pratique, quand il lui ouvrira la porte ?

Histoire courte. 22 pages environ.

(Fait partie du livre "L'envers de nos vies")

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Genre : Littérature Langue : français
Sous-genre : Nouvelles Sortie : 12 septembre 2015
Collection : Nouvelles évasions

Une maîtresse de maison, il faut que ce soit dynamique.
Sinon, ça sert à rien.

Revue de presse

Une suite de dialogues façon "Diner de cons"

Dans ma boîte à mails - 20/01/2016

Avis d'André, un fidèle lecteur, suite lecture recueil "L'envers de nos vies" Plus d'information

L'humour tendre-acide des grands clowns comme Chaplin ou Pierre Etaix

https://clapincasse.blogspot.com/2018/08/lenvers-de-nos-vies-de-charlie-bregman.html - 26/08/2018

Impressions de lecture de Didier Betmalle Plus d'information

Tous les articles de la revue de presse

Mise en bouche

Elle a déboutonné sa veste, en prenant tout son temps comme si elle commençait un strip-tease. Comme je suis très émotif, j’ai rapidement détourné le regard vers le canapé, au-dessus duquel il y a le portrait autoritaire de mon arrière-grand-père maternel, celui qui a survécu à toutes les guerres et qui me fixe avec deux grands yeux accusateurs.

Rapidement, un parfum sucré et vanillé se répand dans tout le hall. Le genre qui aurait certainement plu à ma mère pour son anniversaire, quand elle était encore vivante. J’avais oublié d’aller lui faire les courses de la semaine. Quelques voisins m’avaient regardé comme si j’étais un assassin. Mais c’était pas vrai. Les gens sont incroyablement méchants. Ils l’ont dit, les pompiers : elle est décédée de mort naturelle.

 

Je colle mes narines contre le pull de mon invitée, et je la renifle plusieurs fois comme pour lui manifester le plaisir olfactif que j’éprouve.

— C’est quoi, cette odeur ?

— Ça s’appelle du parfum ! Un truc que les femmes aiment plutôt bien, tu sais ? Les mecs devraient d’ailleurs en prendre de la graine. Tu sais que ça existe, ce genre de truc, en version masculine ?

Je rigole. C’est important, de toujours rigoler aux plaisanteries d’une nana. Même quand on ne les comprend pas.

— Je t’invite à passer à table ! Le dîner est presque prêt !

— On ne boit pas un apéro, avant ?

Elle a l’air étonnée.

— Ah ?… Euh… Mince, c’est ça, que j’ai oublié !

Aucune mention des apéros dans mes cours. Un chapitre entier sur l’importance de l’adaptation, mais là, franchement, je ne préfère pas chambouler ce que j’ai prévu, sinon mes tagliatelles vont se transformer en bouillie.

Je vais faire semblant de regarder dans le placard, et je pourrai esquiver la conscience tranquille.

— Ça tombe mal ! J’ai vraiment plus rien ! Mais bon, ne t’inquiète pas : tu n’auras pas besoin d’un apéro pour te régaler avec le bon petit plat que je t’ai concocté !

Pour lui prouver que je maîtrise parfaitement la situation, à l’aide d’une fourchette, je décide d’attraper un échantillon de pâte, qui glisse à plusieurs reprises entre les dents métalliques pour retomber dans le grand bain bouillonnant.

À la cinquième tentative, je peux enfin en goûter un du bout des lèvres…

Zut !

J’ai oublié de verser du sel dans l’eau des pâtes !

Comment c’est possible, ça ? Je croyais avoir suivi toutes les instructions à la lettre !

— Tu as vu le bouquin, à côté de la télé ?

D’une pierre deux coups. Je fais diversion pour me rattraper sur le manque de sel, et puis je passe pour quelqu’un d’hyper culturé du cerveau.

— Tu lis Cyrano de Bergerac, toi ?

— C’est la libraire d’en face, qui me l’a conseillé, pour la Saint-Valentin.

— Ah… Et tu lis ça, toi ?

— Je ne sais pas si je vais le lire, mais en tout cas, elle m’a certifié que c’est typiquement le genre de bouquin que les nanas qui font des études de lettres adorent ! Si tu veux, je peux te le prêter !

Elle me fixe sans répondre. Je crois que je viens de marquer un point.

— Tu as faim ? je lui demande.

— Je ne pensais pas passer à table si tôt, mais puisque tu dis que c’est prêt, je suis très curieuse de savoir ce qu’on va manger… Qu’est-ce que tu as préparé ? C’est moi, ou ça ne sent rien ?

— Pâtes tomates basilic ! je m’exclame tout fier.

— C’est pas une phrase du Placard, ça ?

— Une phrase du placard ?

— Le film de Veber, avec Daniel Auteuil…

— Euh…  Ah oui ! Celui qui a joué dans Les Bronzés, tu veux dire ?

— Ah non, pas du tout. Tu confonds avec Les Sous-doués. Mais bon, pas grave. Juste une question : tu n’avais pas coché la case « cinéphile », sur ton profil ?

— Si. Effectivement. J’adore les chiens. J’en ai pas pour le moment, mais j’adore les chiens. Et toi ?

Elle me sourit. Je crois que je suis en train de l’emballer. Avec les nanas, il faut toujours dire qu’on aime les animaux. Personnellement, j’ai pas vraiment envie de m’emmerder avec un chien qu’il faut aller faire pisser dehors toute la journée, mais bon, « un petit mensonge vaut toujours mieux qu’une réponse sincère qui risque de mal tomber ». Encadré en fluo jaune du chapitre « Adaptation ».

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Le petit mot de l'auteur

C'est une nouvelle très différente des précédentes de la collection, avec un retour à la dérision, que j'avais un peu laissée de côté après mon premier roman "Vivement l'amour".

Ici, je suis parti de l'idée d'un personnage complètement décalé vis-à-vis de ses propres capacités, avec l'objectif de développer une chute un peu comme "une cerise sur le gâteau", ou encore comme "le bouquet final d'un feu d'artifice" qui n'a fait qu'évoluer crescendo, et non comme un renversement total de situation pour le lecteur, comme c'est davantage le cas dans "Une famille sans histoires" ou "Dernier élément".

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Biographie

Charlie Bregman

« Connu comme le loup blanc dans le milieu des indépendants, Charlie Bregman a publié plusieurs ouvrages pour guider les auteurs souhaitant se lancer dans l'auto-édition. Au delà de son activité de prophète du livre numérique, il est aussi l'auteur de romans et de nouvelles humanistes dans lesquels les émotions qui nous gouvernent mènent la danse. »

Présentation par Selma Bodwinger, Salon du Livre de Paris 2016.

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